Histoire

À l’automne 1969, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) accueille ses 3 196 premières personnes étudiantes.

Dès son ouverture, un service audio-visuel est disponible, mais il est très embryonnaire. Son existence s’explique par la genèse même de l’université. Cette dernière naît de la fusion de cinq institutions, soit l’École des Beaux-arts de Montréal (A), le Collège Sainte-Marie (B) et trois écoles normales : l’École normale Jacques-Cartier (C), l’École normale de l’enseignement technique (D) et l’École Ville-Marie (E).

Le Service de l’audiovisuel qui en résulte est donc un amalgame des petits services déjà présents dans ces établissements. Les employés, encore peu nombreux, sont disséminés sur plusieurs sites du territoire montréalais. En ces débuts, les tâches des employés s’étendent sur un large spectre, une polyvalence qui leur vaudra le surnom affectueux de « gars de l’audio-visuel ».

Graduellement, une équipe se forme et les activités se spécialisent. Les services reflètent alors les réalités techniques du moment, avec un accent mis sur le film, la photographie et même la production de microfilms.

Les équipements proviennent de l’École normale de l’enseignement technique, alors située à l’Institut de technologie Laval, établissement qui deviendra plus tard le Collège Ahuntsic.

Un premier regroupement sous un même toit

Rapidement, la nécessité de centraliser les services et de regrouper les ressources s’impose.

Le premier véritable regroupement du service se fait avec son installation au pavillon Lafontaine, situé dans le parc du même nom. Le Service y occupe tous les locaux de l’aile ouest du bâtiment, incluant l’ancienne chapelle où se trouve le studio de télévision, aménagé avec des équipements récupérés, notamment du département de psychologie du pavillon Read, au centre-ville.

Vue aérienne du pavillon Lafontaine, ancienne École normale Jacques-Cartier, [1972 ?].
Archives UQAM. Fonds d’archives du Service des communications, 45U-414 :F3 :06/1 (1/6).

Outre les bureaux administratifs, le pavillon abrite:

  • un atelier de graphisme
  • un atelier de réparation
  • un laboratoire photo
  • un comptoir de prêts
  • un comptoir de vente de matériel audiovisuel (films, bobines, cassettes, etc.).

Un deuxième comptoir d’équipement dessert le département des sciences de l’éducation, tandis qu’un service de prêts au pavillon Read répond aux besoins des départements et des modules situés dans ce bâtiment.

Comptoir de prêts du pavillon Read.

Dessins exécutés à l’aide d’un épiscope. Claude Lalonde, 1976.

Un nouveau campus

À l’été 1979, le Service de l’audiovisuel déménage sur le « nouveau campus », établi sur l’ancien site de l’église Saint-Jacques.

Ce nouveau campus permet au Service de l’audiovisuel de disposer d’espaces plus vastes :

  • un atelier de réparation
  • un studio photo avec son laboratoire argentique
  • un studio audio
  • trois studios de télévision
  • des salles de montage et de régie
  • un atelier de menuiserie pour les décors et la fabrication de meubles spécialisés
Plan des espaces occupés par le Service de l’audiovisuel au 2e étage du pavillon Judith-Jasmin.

Cependant, le nouveau campus ne peut pas encore répondre à tous les besoins de la population universitaire, car l’UQAM reste répartie dans plusieurs pavillons du centre-ville. Des comptoirs de prêts périphériques continuent donc d’exister, même après le regroupement principal au pavillon Judith-Jasmin (J). Le Service de l’audiovisuel en comptera jusqu’à six, dont un spécialisé en cinéma.

Jusqu’en 2010, la livraison de matériel audiovisuel par camion demeure une activité essentielle, en raison de la dispersion géographique des pavillons.

Évolution de la structure

Le Service de l’audiovisuel s’est longtemps organisé autour de trois grands secteurs : l’exploitation, la technique et la production.

Le secteur de l’exploitation

Ce secteur regroupait les comptoirs de prêts, les interventions en salles de cours et les livraisons interpavillons. Longtemps, les comptoirs de prêts ont été le visage public du service, tant par le volume d’emprunts que par le nombre d’utilisateurs.

Parmi leurs activités phares figurait le prêt d’unités de visionnement, de grands téléviseurs montés sur chariot, équipés d’un magnétoscope, permettant de diffuser des documents audiovisuels en classe. Progressivement, le défi du Service de l’audiovisuel devient d’équiper les salles de cours d’installations permanentes afin de faciliter la projection de ces documents sans matériel mobile.

Le secteur technique

Ce secteur regroupait l’atelier de réparations, l’installation et le service-conseil aux achats.
D’abord consacré à la réparation d’appareils défectueux, ce secteur élargit rapidement son champ d’action. Il prend en charge l’installation de nouveaux équipements, le service-conseil aux achats et, plus tard, la conception et la maintenance des classes médiatisées.

Le secteur de la production

Le secteur de la production se divisait en trois spécialités : la photographie, l’audio et la vidéo, en studio ou en tournage mobile.

Pendant plusieurs années, la production audiovisuelle occupe une place centrale : trois réalisateurs y travaillent à temps plein, et les productions du service remportent de nombreux prix pour leur qualité.

Outre les productions institutionnelles, l’équipe assure également le soutien technique de plusieurs programmes d’enseignement, dont le baccalauréat en communication, avec ses profils en télévision, cinéma et journalisme. 

Élargissement des services

Avec l’évolution rapide des technologies, de nouveaux secteurs se développent progressivement au sein du Service de l’audiovisuel.

Le centre de traitement audio-vidéo et la régie de distribution

Autrefois consacrés à la copie multiformat, à l’enregistrement des studios et à la diffusion en classe, ils sont aujourd’hui entièrement numériques et servent à traiter et à emmagasiner les signaux provenant des studios et des salles de montage.

Les installations pour les colloques, congrès et conférences (CCC)

Ce service assure le soutien logistique des événements : captation, sonorisation, projection et diffusion.

Le soutien aux environnements d’apprentissage (SEA)

Ce service offre une assistance technique immédiate au personnel enseignant pendant les cours.

La photographie

Initialement destinée à la couverture d’événements et au travail en chambre noire, la photographie a longtemps servi à reproduire des documents en diapositives, très prisées notamment en histoire de l’art. Aujourd’hui, le service réalise principalement les portraits officiels du personnel de l’UQAM.

Le bureau des projets audiovisuels

Ce secteur développe une expertise fine des équipements audiovisuels et des tendances technologiques. Son rôle consiste à comprendre les besoins spécifiques de la communauté universitaire et à concevoir des solutions sur mesure pour l’enseignement et la recherche.

Véritable interface entre les personnes utilisatrices, les fournisseurs externes et les autres services, le bureau des projets audiovisuels s’illustre par une approche centrée sur la conception d’environnements audiovisuels adaptés. Le service passe ainsi progressivement de la réparation d’appareils, souvent encombrants, à la création et à l’installation de salles de cours entièrement équipées de façon permanente.

En août 2025, l’UQAM compte 190 salles de cours institutionnelles médiatisées et 1 169 locaux dotés d’équipements audiovisuels.

L’atelier de menuiserie

Initialement mis en place pour la fabrication de décors destinés aux studios de télévision, l’atelier a également été impliqué dans la conception et la fabrication de meubles spécialisés pour les salles de cours, de vidéoconférence, ainsi que pour les régies des studios.

La vidéoconférence

L’arrivée de la vidéoconférence marque une nouvelle étape dans la modernisation du service. Les salles spécialisées permettent la tenue de cours et de soutenances de thèse à distance, bien avant l’ère des plateformes Web.

À ses débuts, la technologie repose sur des liaisons RNIS (téléphoniques). Une communication avec l’Europe exige alors plusieurs lignes en mode interurbain, ce qui en fait une solution novatrice, mais coûteuse.

L’arrivée du protocole TCP/IP révolutionne le système en permettant la transmission des données par Internet, affranchissant ainsi le service des contraintes téléphoniques.

Le service gère jusqu’à dix salles de vidéoconférence avant que la pandémie de 2020 et l’essor des logiciels de webconférence rendent ces installations obsolètes.

L’autoproduction

Le service d’autoproduction met à la disposition des membres de la communauté universitaire des espaces pour visionner, pour enregistrer et pour monter leurs propres documents audios et vidéos. À ses débuts, les installations comprennent même des laboratoires de développement photo. Ces espaces étaient principalement utilisés par des personnes étudiantes n’ayant pas accès à des équipements techniques nécessaires dans le cadre de leurs programmes.

La production multimédia

Au milieu des années 1990, le secteur de la production connaît une véritable révolution. D’abord axé sur les enregistrements en studio et sur le terrain, il voit peu à peu l’ordinateur remplacer le studio. Les supports deviennent numériques et le travail s’individualise. Cette transition donne naissance à un nouveau secteur : la production multimédia, dédiée au développement de sites Web et à l’innovation technopédagogique.

Les débuts du multimédia remontent à 1995, avec la création d’une petite équipe spécialisée dans la conception de sites Web et de CD-ROM interactifs. Sa clientèle se compose principalement de centres de recherche, de départements et de modules universitaires. Grâce à sa créativité, à ses compétences en graphisme et en photographie, le service répond rapidement aux nouveaux besoins de l’UQAM.

Au départ, l’équipe est formée surtout d’étudiantes et d’étudiants en arts visuels et médiatiques. Elle s’agrandit ensuite avec l’embauche de techniciens en production multimédia, de programmeurs analystes et de chargés de projets technopédagogiques.

Aujourd’hui, cette équipe gère plus de 1 000 sites Web pour la communauté de l’UQAM.

Carrefour d’innovation et de pédagogie universitaire

À la fin des années 1990, la technopédagogie et l’enseignement à distance font leur apparition à l’UQAM grâce au Centre de formation et d’innovation technopédagogique (CFITP), une unité relevant du Bureau des études. Ce centre collabore déjà avec le secteur de la production audiovisuelle et multimédia pour la création de ressources numériques d’apprentissage.

Lorsque le CFITP ferme ses portes en 2002, le Service de l’audiovisuel prend le relais et poursuit le développement de ces projets novateurs. Plusieurs initiatives voient alors le jour, notamment HumaniTIC, destiné à la faculté des sciences humaines, et le LabTIC, pour l’école des sciences de la gestion.

De ces projets pilotes naît, en 2012, le Carrefour technopédagogique. Ouvert à toutes les facultés, il s’appuie sur une équipe permanente composée de techniciens en production multimédia et de chargés de projets technopédagogiques. Sa mission : former et accompagner le personnel enseignant dans l’utilisation des environnements numériques d’apprentissage.

En mars 2020, la pandémie de COVID-19 bouleverse les pratiques d’enseignement et donne une nouvelle dimension à la mission du Carrefour. Du jour au lendemain, l’ensemble du personnel enseignant doit s’adapter à l’enseignement à distance.

L’équipe du Carrefour joue alors un rôle essentiel dans cette transition : mise en place d’un service de clavardage, déploiement accéléré d’activités de formation en ligne, enrichissement de la documentation technopédagogique, acquisition de licences Zoom et Panopto, et refonte complète du site Web du Carrefour.

À l’hiver 2021, le Carrefour technopédagogique fusionne avec le Centre de formation en soutien académique (CFSA) du Bureau des études. De cette union naît le Carrefour pédagogique et technopédagogique, accompagné du lancement du nouveau portail « Enseigner à l’UQAM ».

Aujourd’hui, le Carrefour, maintenant baptisé le Carrefour d’innovation et de pédagogie universitaire, occupe une place centrale dans la vie académique. Il offre un soutien continu et diversifié au personnel enseignant en matière de pédagogie et de technopédagogie, contribuant à faire de l’UQAM un milieu d’apprentissage stimulant.

Le service de l’audiovisuel de nos jours

Au fil des décennies, le Service de l’audiovisuel a accompagné l’UQAM dans toutes ses transformations technologiques et pédagogiques, du rétroprojecteur à acétates aux technologies numériques.

Les supports aussi ont évolué au fil des années. D’abord analogiques, films, bandes magnétiques, bandes magnétoscopiques et cassettes audio ou vidéo, ils sont devenus progressivement numériques, d’abord sur cassettes, puis sur CD, DVD et, enfin, sous forme de fichiers numériques. L’audiovisuel est ainsi passé d’un univers matériel à un environnement virtuel et dématérialisé.

Présent dans plusieurs pavillons à la naissance de l’UQAM, le Service de l’audiovisuel s’est d’abord centralisé au pavillon Lafontaine, puis au pavillon Judith-Jasmin. Au début des années 2000, dans le contexte de la facultarisation, le Service a enrichi sa structure en créant des équipes satellites au sein des facultés. Cette proximité accrue avec les milieux d’enseignement a permis de mieux comprendre et soutenir leurs besoins spécifiques.

De quelques employés en 1969, le Service regroupe aujourd’hui près d’une centaine de personnes, ce qui en fait l’un des plus importants services audiovisuels universitaires au Canada.

Cette évolution témoigne d’un engagement constant envers la qualité du service, la collaboration et l’accompagnement pédagogique.


Rédaction : Gervais Bilodeau et Claude Lalonde
Collaboration éditoriale : Jean-François Tremblay
Accompagnement logistique : Karine Gélinas

Remerciements

Ce texte s’appuie en partie sur des entrevues réalisées avec deux employés de la première heure, Gaétan l’Heureux et René Fortin, que nous remercions chaleureusement pour leur précieuse collaboration.